Fleuve Jaune : l’amont ne peut pas décider pour tous

Pendant 226 jours, en 1997, une partie du cours inférieur du fleuve Jaune a cessé de couler. L’interruption a concerné jusqu’à 704 kilomètres. Un fleuve immense pouvait encore nourrir des ambitions agricoles tout en…

Dossier « L’eau, la terre et le pouvoir » — 4/8

Pendant 226 jours, en 1997, une partie du cours inférieur du fleuve Jaune a cessé de couler. L’interruption a concerné jusqu’à 704 kilomètres. Un fleuve immense pouvait encore nourrir des ambitions agricoles tout en n’arrivant plus jusqu’à ceux qui l’attendaient.

La reconstitution scientifique publiée en 2019 met en évidence plusieurs facteurs, dont la sécheresse et le poids des usages humains. Le prélèvement agricole fait partie de cette histoire ; il n’en explique pas seul chaque épisode.

Ce cas éclaire une règle que nous défendons pour tous les bassins : la position en amont ne doit pas donner le pouvoir de décider, seul, de la vie en aval. Le partage doit précéder l’épuisement.

Des voisins à l’intérieur d’un même pays

Le cas diffère de celui du Colorado : le fleuve Jaune ne franchit pas une frontière internationale. La tension oppose ici des territoires et des usages au sein d’un même État.

Cela ne la rend pas secondaire. Pour l’usager situé en aval, la question reste très concrète : recevra-t-il l’eau dont il a besoin après les prélèvements de ceux qui le précèdent ?

Un système d’irrigation peut être efficace à l’échelle d’une exploitation et contribuer à un déséquilibre à l’échelle du bassin. Chaque agriculteur voit sa parcelle. Chaque autorité locale voit sa production. Le fleuve, lui, additionne toutes les décisions.

Il faut donc une échelle de décision qui embrasse le parcours entier. Sans elle, chacun peut présenter de bons résultats locaux pendant que l’ensemble se dégrade.

Ce que l’on oublie après le chiffre choc

Raconter seulement les 226 jours donnerait pourtant une image incomplète de la Chine. L’organisation du partage a changé. Un rapport officiel chinois décrit la mise en place d’une régulation unifiée des débits à partir de 1999. Rapport national présenté au Conseil mondial de l’eau.

En septembre 2024, la ville de Jinan relayait un bilan de vingt-cinq années d’écoulement continu du fleuve depuis cette réorganisation. C’est un bilan officiel daté, pas la preuve que toutes les difficultés écologiques ont disparu. Présentation publiée par Jinan.

Cette deuxième partie de l’histoire est aussi importante que la première. Elle montre qu’une catastrophe hydrologique n’est pas seulement un avertissement sur la puissance humaine à détourner l’eau. Elle peut aussi révéler la capacité d’une politique de bassin à corriger le partage.

Cette évolution fonde notre position : la puissance publique doit fixer et faire respecter un partage à l’échelle du bassin. Laisser chaque territoire maximiser ses prélèvements organise la concurrence entre voisins. Une politique agricole responsable protège aussi ceux qui se trouvent après la dernière pompe.

Compter les pertes chez les voisins

Imaginons deux régions agricoles successives. La première étend ses surfaces irriguées ; ses récoltes progressent. La seconde reçoit moins d’eau pendant une période critique ; ses rendements baissent. Ce scénario illustratif pose un problème de comptabilité publique : annoncer seulement le gain de la première région dissimule une partie du résultat.

Nous voulons que les bilans agricoles comptent aussi les pertes qu’un projet peut déplacer. Cette exigence protège les producteurs autant que les milieux naturels. Le cultivateur situé en aval ne doit pas devenir la variable d’ajustement des investissements de son voisin.

Des mesures partagées, des seuils de prélèvement et des décisions applicables permettent d’organiser cette protection. L’histoire du fleuve Jaune montre pourquoi cette échelle commune est indispensable : les décisions locales finissent toutes dans le même cours d’eau.

Pour la RDC et ses voisins, la conclusion est claire. Développer l’agriculture suppose de planifier ensemble les usages du bassin, puis de rendre ce partage contrôlable. Le prochain chantier doit déjà tenir compte de ceux qui ne sont pas autour de la table.

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