Avant la récolte, avant le marché et avant l’assiette, une décision a déjà été prise : ce que l’on mettra en terre.
Prenez un grain de maïs dans votre main.
À première vue, rien ne permet d’y voir un objet politique. Quelques grammes de matière biologique, suffisamment petits pour disparaître au creux d’une paume. Pourtant, une partie de la récolte future est déjà inscrite dans ce grain : son potentiel de germination, son patrimoine génétique, sa précocité, certaines caractéristiques de rendement, sa réaction à des maladies ou à des contraintes environnementales et, indirectement, une partie de ce que l’agriculteur pourra récolter plusieurs mois plus tard.
Bien entendu, aucune semence ne travaille seule. Le sol, l’eau, les nutriments, le climat, les pratiques culturales, les ravageurs, le savoir de l’agriculteur et de nombreux autres facteurs détermineront ce qu’elle deviendra. Mais avant même que toutes ces variables n’interviennent, une première décision a déjà orienté la production : quelle plante avons-nous choisi de reproduire ?
Cette question paraît technique. Elle est en réalité biologique, économique, historique et politique.
Car derrière la semence se trouve l’une des plus anciennes technologies de l’humanité : la capacité de choisir ce que nous voulons reproduire pour préparer ce que nous mangerons demain.
Et c’est précisément là que commence notre histoire.

Une graine n’est pas automatiquement une semence
Dans le langage courant, les mots graine et semence sont souvent employés comme s’ils désignaient exactement la même chose. La distinction est pourtant utile.
La graine est d’abord une structure biologique issue de la reproduction d’une plante. La notion de semence introduit une fonction : il s’agit d’un matériel destiné à la propagation et donc à l’établissement d’une nouvelle culture. Dans les systèmes agricoles, le terme peut d’ailleurs couvrir d’autres matériels de multiplication végétale que des graines au sens strict, selon les espèces et les cadres réglementaires.
Cette différence de fonction est essentielle. Un grain de maïs destiné à être transformé en farine et un grain destiné au semis peuvent sembler identiques à l’œil nu, mais ils ne sont pas évalués de la même manière.
Dans le second cas, on s’intéressera notamment à la capacité germinative, à l’identité et à la pureté variétales, à l’état sanitaire, à l’humidité, aux conditions de conservation et, lorsqu’un système de certification existe, à la conformité avec les normes établies.
Acheter un grain pour le consommer, c’est acquérir un aliment ou une matière première. Utiliser une semence, c’est engager un processus de production dont le résultat n’existe pas encore.
La semence est donc, d’une certaine manière, une promesse biologique.
Mais cette promesse n’est jamais garantie. Elle doit rencontrer un environnement capable de la réaliser.
L’agriculteur a été sélectionneur bien avant l’apparition des laboratoires modernes
L’amélioration des plantes n’a pas commencé avec la génétique moléculaire, les entreprises semencières ou les centres de recherche contemporains.
Pendant des millénaires, les agriculteurs ont observé leurs cultures, choisi certains individus, conservé une partie des récoltes et échangé du matériel végétal avec d’autres communautés. Lorsqu’une plante présentait une caractéristique jugée intéressante — rendement, goût, couleur, précocité, aptitude à la conservation, résistance apparente à certaines contraintes — elle pouvait être davantage reproduite.
Sans connaître les chromosomes, les allèles ou la recombinaison génétique, les sociétés agricoles exerçaient déjà une sélection.
La FAO reconnaît d’ailleurs explicitement le rôle historique des agriculteurs, des peuples autochtones et des communautés locales dans la conservation, l’amélioration et la circulation des ressources phytogénétiques utilisées pour l’alimentation et l’agriculture.
C’est un élément fondamental pour comprendre ce que nous appelons aujourd’hui une variété agricole. Derrière de nombreux caractères que nous considérons comme ordinaires se cache une succession de choix humains et environnementaux qui se sont accumulés sur plusieurs générations.
La semence devient alors une sorte d’archive vivante. Elle raconte les sols dans lesquels elle a été cultivée, les goûts des sociétés qui l’ont conservée, les conditions climatiques auxquelles elle a été confrontée, mais aussi les migrations, les échanges et parfois les bouleversements politiques qui ont permis à une plante de voyager.
Cette histoire remet également en question une idée profondément ancrée dans notre perception de l’alimentation : celle selon laquelle les cuisines seraient composées depuis toujours des mêmes ingrédients.
Elles ne le sont pas.
Les plantes voyagent, les populations voyagent, les techniques circulent et les habitudes alimentaires changent avec elles. Ce qui paraît aujourd’hui constituer une évidence culturelle peut être le résultat relativement récent d’un commerce, d’une migration, d’une colonisation, d’une crise ou d’une innovation agronomique.
La semence porte donc également une géographie.
La science a accéléré ce que l’agriculture faisait déjà
La sélection végétale moderne n’a pas supprimé cette histoire ; elle l’a transformée en une activité scientifique beaucoup plus précise.
Les sélectionneurs peuvent aujourd’hui travailler à partir de croisements contrôlés, de lignées, de populations, de marqueurs moléculaires, d’analyses génomiques et d’autres outils permettant d’identifier ou d’introduire des caractères particuliers avec une efficacité que les générations précédentes ne possédaient pas.
Cette évolution est importante parce qu’elle oblige également à sortir d’un débat devenu trop souvent caricatural.
Une variété améliorée n’est pas nécessairement un organisme génétiquement modifié. Un hybride n’est pas synonyme d’OGM. Une variété traditionnelle n’est pas automatiquement mieux adaptée à toutes les conditions simplement parce qu’elle est ancienne ou locale. À l’inverse, une variété développée à l’étranger ne devient pas supérieure du seul fait qu’elle provient d’un programme de recherche technologiquement avancé.
Prenons le cas des hybrides F1. Ils sont généralement issus d’un croisement contrôlé entre parents sélectionnés afin de combiner certains caractères et de rechercher notamment une bonne homogénéité et, selon les espèces et croisements, un effet d’hétérosis. Les graines récoltées sur un hybride F1 ne sont donc pas automatiquement « stériles », comme on l’entend parfois. En revanche, leur descendance peut se séparer génétiquement et perdre une partie de l’uniformité ou des performances recherchées dans la première génération.
La distinction est importante, car elle change la manière dont on doit discuter de la dépendance semencière.
Une question sérieuse ne consiste donc pas à choisir aveuglément entre « semence traditionnelle » et « semence moderne ». Il faut plutôt déterminer quelle variété est adaptée à quel environnement, pour quel système de production, avec quelles performances, quels coûts, quels risques et quelle capacité pour l’agriculteur à poursuivre sa production dans le temps.
La souveraineté commence peut-être par cette faculté : être capable de comparer avant de choisir.
Lorsque la semence devient une industrie
À mesure que l’amélioration variétale s’est professionnalisée, un véritable secteur semencier s’est développé. Il réunit désormais des chercheurs et sélectionneurs, des producteurs et multiplicateurs, des entreprises spécialisées, des laboratoires de contrôle, des services d’inspection et de certification, des distributeurs et, naturellement, les agriculteurs qui utilisent les semences.
Ces différentes fonctions correspondent à une réalité économique. Développer une variété peut demander plusieurs années de recherche, des essais dans différents environnements, des infrastructures, des compétences scientifiques, la multiplication de matériels génétiques successifs, le contrôle de qualité puis la construction d’un réseau capable de rendre la semence disponible auprès des producteurs.
Il est donc parfaitement logique qu’une activité économique se soit construite autour des semences.
Ce constat n’interdit toutefois pas de s’interroger sur la structure de ce marché.
Une étude de référence publiée par l’OCDE en 2018, à partir principalement de données de marché de 2016, montrait déjà que la concentration variait fortement selon les cultures et les pays. Les marchés du maïs, du tournesol, du colza, du coton et de la betterave sucrière figuraient généralement parmi les plus concentrés, alors que d’autres cultures présentaient des structures plus dispersées. Ces données ne doivent pas être présentées comme une photographie du marché mondial en 2026, mais elles démontrent que la question de la concentration industrielle est réelle et qu’elle varie considérablement selon les filières.
Le problème ne réside donc pas dans l’existence d’entreprises semencières. L’innovation privée peut produire des variétés performantes, financer de la recherche et accélérer la diffusion de nouvelles technologies agricoles.
La question politique apparaît lorsque les possibilités de choix se réduisent, que les capacités publiques de recherche deviennent faibles, que la production locale de semences disparaît ou qu’un territoire dépend excessivement de quelques sources d’approvisionnement.
À ce stade, ce qui ressemblait à un simple marché agricole devient une question de résilience.
La souveraineté semencière ne signifie pas fermer les frontières
C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes de cet article.
La souveraineté ne doit pas être confondue avec l’autarcie.
Un pays n’est pas souverain parce qu’il refuse toute semence développée ailleurs. L’histoire de l’agriculture elle-même rendrait une telle idée difficile à défendre : les espèces, les variétés et les connaissances agronomiques circulent depuis des millénaires.
Refuser une innovation utile simplement parce qu’elle est étrangère serait aussi irrationnel que devenir totalement incapable de produire ou de sélectionner parce que l’on peut tout acheter à l’extérieur.
La souveraineté est ailleurs.
Elle réside dans la capacité de décider.
Un système souverain doit pouvoir connaître les ressources génétiques dont il dispose, conserver ce qui mérite de l’être, conduire des programmes de sélection, comparer les performances de différentes variétés, contrôler la qualité des semences circulant sur son territoire et décider raisonnablement de ce qu’il est préférable de produire localement ou d’importer.
Autrement dit, la vraie question n’est pas : « Importons-nous des semences ? »
Elle est plutôt : « Que se passerait-il si demain nous ne pouvions plus les importer ? »
La réponse permet de mesurer la vulnérabilité du système.
Un pays peut parfaitement utiliser des technologies étrangères tout en restant maître de ses choix. Mais lorsqu’il ne possède plus les compétences, les institutions, les ressources génétiques et les capacités de production nécessaires pour envisager une alternative, la relation change de nature.
La dépendance n’est pas déterminée uniquement par l’origine géographique d’une semence. Elle apparaît lorsque l’absence d’une source extérieure suffit à mettre le système en difficulté.
La RDC offre déjà un exemple de cette fragilité
En République démocratique du Congo, cette discussion n’a rien de théorique.

La dernière mise à jour nationale publiée par l’IPC en mai 2026 estimait qu’environ 26,5 millions de personnes, soit 23 % de la population analysée, étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë élevée entre janvier et juin 2026. Parmi elles, plus de 3,6 millions se trouvaient en Phase 4, dite d’Urgence, tandis que 22,9 millions étaient classées en Phase 3, dite de Crise. L’IPC identifie notamment les conflits armés persistants, les chocs économiques et climatiques, la faiblesse des infrastructures et l’insuffisance de certaines formes d’assistance parmi les facteurs déterminants.
Ces chiffres décrivent une crise alimentaire. Ils ne signifient évidemment pas que les semences en sont l’unique cause. Ce serait scientifiquement faux.
Ils permettent cependant de comprendre pourquoi la robustesse de chaque maillon du système agricole devient stratégique.
Dans une note datée de juin 2026, la FAO indiquait que les déplacements de populations et les restrictions d’accès aux champs continuaient de perturber les activités agricoles dans les provinces affectées par les conflits et estimait que certaines superficies en maïs resteraient inférieures à leur moyenne des cinq années précédentes.
Une agriculture fragilisée par le conflit devient encore plus vulnérable lorsque l’accès aux terres, aux intrants, aux marchés et aux semences est lui-même instable.
Une étude scientifique publiée en 2024 sur le système semencier du nord-est de la RDC, particulièrement en Ituri, donne à ce problème une dimension très concrète. Les chercheurs décrivent un système largement informel et observent que moins d’un tiers des cultures étudiées disposaient d’un circuit formel de fourniture de semences. Pour le haricot commun et le maïs, les capacités locales de production dans le circuit formel ne couvraient respectivement qu’environ 35 % et 69 % de la demande examinée dans l’étude.
L’étude identifie également des difficultés concernant les capacités de sélection, la disponibilité de certains matériels, la certification, la régulation, la coordination des acteurs et la traçabilité. Elle souligne en outre que des hybrides étaient importés de pays voisins en raison des limites techniques de production locale.
Il faut être méthodologiquement prudent : ces résultats concernent le nord-est de la RDC et ne peuvent pas être projetés automatiquement sur les vingt-six provinces du pays.
Mais ce serait tout aussi imprudent de les considérer comme un détail régional.
Ils révèlent un type de vulnérabilité que toute politique agricole nationale devrait mesurer.
Conserver des semences, ce n’est pas conserver le passé
C’est ici qu’intervient la question des ressources phytogénétiques.
Une variété qui disparaît ne représente pas seulement la perte d’un nom, d’une couleur ou d’un souvenir culturel. Elle peut également entraîner la disparition de combinaisons génétiques utiles.
Certaines ressources peuvent contenir des caractères associés à l’adaptation à un environnement, à la résistance à un agent pathogène, à la tolérance à des contraintes climatiques ou à des propriétés alimentaires et technologiques particulières.
Nous ne savons d’ailleurs pas nécessairement aujourd’hui quelles caractéristiques deviendront cruciales demain.
C’est pourquoi la conservation génétique n’est pas une activité nostalgique.

Une banque de gènes fonctionne en partie comme une assurance contre l’appauvrissement des options futures. La FAO définit les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture comme le matériel génétique végétal pouvant servir notamment à développer de nouvelles variétés ou à améliorer la qualité et la productivité des cultures. Cela comprend les semences mais également d’autres formes de matériel végétal.
La conservation hors du champ n’est cependant pas suffisante. Les ressources doivent également continuer à être cultivées, caractérisées, utilisées et renouvelées. Les systèmes paysans, les collections nationales, les programmes de sélection et les banques de gènes ne devraient donc pas être considérés comme des univers concurrents, mais comme différentes composantes d’une même stratégie de conservation et d’utilisation.
Cette logique devient encore plus importante lorsque les conditions de production changent.
Le climat change. Les pathogènes évoluent. Les ravageurs se déplacent. Les systèmes alimentaires se transforment. Les besoins des consommateurs évoluent également.
Dans un monde instable, la diversité génétique représente une réserve d’options.
Et perdre des options est rarement une bonne stratégie de sécurité.
Mais à qui appartient cette diversité ?
Nous arrivons alors à l’un des sujets les plus sensibles du débat semencier : la propriété.
Car une variété agricole peut être à la fois le résultat de plusieurs générations de sélection paysanne et d’années de travail scientifique moderne.
Comment reconnaître la contribution de ceux qui ont conservé les ressources génétiques ? Comment rémunérer l’innovation ? Jusqu’où doivent aller les droits de propriété intellectuelle ? Quels droits les agriculteurs doivent-ils conserver sur leurs propres récoltes et leurs semences ? Et comment empêcher qu’une protection destinée à encourager l’innovation ne réduise excessivement l’accès aux ressources nécessaires à la production alimentaire ?
Il n’existe pas une réponse universelle à toutes ces questions.
Il existe toutefois un cadre international important : le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, placé sous l’égide de la FAO.
La République démocratique du Congo est Partie contractante à ce Traité.
Le Traité reconnaît notamment la contribution des agriculteurs à la conservation et au développement des ressources phytogénétiques et consacre un article spécifique aux droits des agriculteurs. Parmi les éléments concernés figurent la protection des connaissances traditionnelles, la participation aux décisions et le partage équitable des avantages résultant de l’utilisation de ces ressources. Il reconnaît également la question de la conservation, de l’utilisation, de l’échange et de la vente des semences de ferme, sous réserve des législations nationales applicables.
Ce cadre rappelle quelque chose d’essentiel : la semence ne peut pas être comprise uniquement comme une marchandise.
Elle se situe au croisement du patrimoine biologique, de l’innovation, du droit et de la sécurité alimentaire.
Le débat africain ne doit pas opposer artificiellement les systèmes
Dans de nombreux pays africains, une partie importante de l’approvisionnement en semences passe encore par les producteurs eux-mêmes, les marchés locaux, les échanges communautaires et différents circuits non formels. La situation varie fortement selon les pays, les cultures et les territoires ; il serait donc hasardeux d’appliquer un pourcentage unique à l’ensemble du continent.
Mais une chose est certaine : ces circuits existent, et ils représentent une infrastructure agricole réelle.
Les qualifier d’« informels » ne signifie pas qu’ils sont inutiles. Ils peuvent conserver une diversité importante, permettre l’accès à des variétés appréciées localement et fonctionner dans des régions où les réseaux commerciaux formels sont faibles.
Leur existence ne signifie pas davantage qu’ils sont exempts de problèmes.
La faible qualité sanitaire d’un lot, une mauvaise conservation, une identification variétale incertaine, des taux de germination insuffisants ou la circulation de matériel contaminé peuvent entraîner des pertes importantes.
L’objectif ne devrait donc pas être de choisir idéologiquement un camp.
Il faudrait plutôt construire des passerelles permettant aux connaissances paysannes, à la recherche publique, aux entreprises, aux multiplicateurs et aux systèmes de contrôle de travailler ensemble.
Cette orientation nourrit les débats africains contemporains sur la modernisation des systèmes semenciers, la productivité, la résilience climatique, la qualité nutritionnelle et la rentabilité agricole.
L’Afrique n’a donc pas à choisir entre son patrimoine génétique et la modernité.
Elle doit apprendre à transformer le premier en capacité scientifique pour maîtriser la seconde.
Le pouvoir n’est pas de tout produire. Le pouvoir est de pouvoir choisir.
C’est peut-être ici que se trouve le cœur de cette discussion.
Une souveraineté semencière crédible ne devrait pas se résumer à l’interdiction des importations, à la dénonciation des multinationales ou à la glorification automatique des semences traditionnelles.
Elle suppose quelque chose de beaucoup plus difficile : construire des institutions capables de produire de la connaissance.
Cela signifie connaître les ressources phytogénétiques présentes sur le territoire, renforcer la recherche variétale, disposer de mécanismes d’essais indépendants, former des sélectionneurs et des techniciens semenciers, améliorer la production de semences de qualité, soutenir les multiplicateurs, assurer la traçabilité et le contrôle sanitaire, conserver la diversité génétique et donner aux agriculteurs une information suffisamment fiable pour comparer ce qu’on leur propose.
Cela signifie également savoir importer.
Une politique souveraine peut parfaitement décider qu’une variété étrangère est la meilleure solution pour une zone ou une période donnée. Mais cette décision n’a le même sens que si elle résulte d’une comparaison et non d’une absence d’alternative.
Nous devons donc cesser d’opposer systématiquement indépendance et échange.
Être souverain ne signifie pas ne dépendre de personne. Cela signifie ne pas être incapable d’agir lorsque la dépendance devient dangereuse.
Là où tout commence
Une semence tient parfois entre deux doigts. Cette petitesse physique explique peut-être pourquoi nous lui accordons si rarement la place politique qu’elle mérite.
Lorsqu’elle se trouve encore dans un sac, elle ne nourrit personne. Elle ne ressemble pas au champ qu’elle peut produire, encore moins à l’aliment qui pourra en être issu. Pourtant, tout le système alimentaire potentiel est déjà en attente : la plante, la récolte, le revenu du producteur, le transport, la transformation, le marché et finalement l’assiette.
Il faudra pour cela de la terre, de l’eau, des nutriments, du travail, des infrastructures, de l’énergie, du capital, du savoir et du temps.
Mais il faudra d’abord quelque chose à mettre en terre.
C’est pour cela que Grain de pouvoir commence ici.
Dans notre prochain podcast, nous irons plus loin. Nous suivrons le voyage de la semence depuis les premières sélections paysannes jusqu’aux laboratoires modernes, depuis les champs jusqu’aux banques de gènes, depuis les échanges communautaires jusqu’aux marchés mondiaux. Nous parlerons des hybrides, des OGM, des ressources génétiques, des entreprises, des agriculteurs, du droit, des frontières et de ce qui se produit lorsqu’un système alimentaire découvre qu’il ne maîtrise plus entièrement son premier maillon.
Et derrière toutes ces questions, une autre reviendra constamment :
si nous ne maîtrisons pas suffisamment ce qui permet à notre nourriture de commencer, quelle part de notre souveraineté alimentaire maîtrisons-nous réellement ?
Références principales
- IPC — République démocratique du Congo : mise à jour projetée de l’insécurité alimentaire aiguë, janvier–juin 2026.
- FAO/GIEWS — Country Brief, République démocratique du Congo, 24 juin 2026.
- Mondo et al. — Seed delivery system in northeastern Democratic Republic of Congo, International Journal of Agricultural Sustainability, 2024.
- FAO — Traité international sur les ressources phytogénétiques : droits des agriculteurs.
- FAO — Liste des Parties contractantes au Traité international.
- OCDE — Concentration in Seed Markets: Potential Effects and Policy Responses, 2018.
Comprendre la terre, c’est prendre le pouvoir sur l’avenir.



