Dossier « L’eau, la terre et le pouvoir » — 6/8
La RDC est représentée dans les institutions africaines de l’eau. Son président prend la parole dans les forums. Ces faits sont établis. Ils ouvrent une obligation : rendre compte de ce que le pays défend et de ce qu’il obtient.
Pour Grain de pouvoir, une diplomatie de l’eau doit protéger la capacité des habitants à vivre, produire et décider de leur avenir. Nous voulons pouvoir en suivre les résultats dans les territoires autant que les déclarations dans les conférences.
Le pays a besoin d’une stratégie publique sur ses ressources, ses besoins agricoles et les conditions de sa coopération avec ses voisins. La présence internationale doit devenir un mandat que les citoyens peuvent contrôler.
La RDC est dans la salle
Pour le mandat 2025–2027, la RDC figure au comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau, l’AMCOW, au titre de l’Afrique centrale. Elle apparaît également dans son dispositif de conseil technique. La présidence continentale revient au Sénégal et la vice-présidence pour l’Afrique centrale à la Guinée équatoriale. Composition officielle des organes de l’AMCOW.
Le 15 juillet 2026, la présidence congolaise a également rendu compte d’une intervention de Félix Tshisekedi au Forum africain de l’eau, à N’Djamena. Le discours appelait à une coalition pour la sécurité hydrique et avançait des orientations sur les politiques publiques, les projets et leur financement. Compte rendu de la présidence.
Cette présence donne à l’État une responsabilité devant les citoyens : expliquer le mandat qu’il porte, les engagements qu’il prend et les résultats qu’il obtient. Nous attendons de cette diplomatie qu’elle rende ses choix lisibles.
Qui décide de quoi ?
L’AMCOW constitue un cadre politique africain consacré à l’eau. Il ne détient pas à lui seul les ressources du continent et ne remplace pas les États ou les accords de bassin.
La CICOS intervient à une autre échelle : celle du bassin Congo-Oubangui-Sangha. La RDC en est membre, avec le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon et l’Angola. Ce cadre rapproche directement les pays concernés par des ressources et des voies d’eau partagées. États membres de la CICOS.
À l’échelle mondiale, le Conseil mondial de l’eau rassemble des acteurs et organise notamment le Forum mondial de l’eau. C’est une organisation internationale indépendante à but non lucratif, pas un gouvernement mondial habilité à distribuer les fleuves. Présentation du Conseil mondial de l’eau.
Ces distinctions comptent. Une déclaration de forum, une étude de banque de développement et un accord autorisant un prélèvement n’ont ni la même portée ni les mêmes auteurs. Pour demander des comptes, il faut d’abord frapper à la bonne porte.
Ce qui donnerait du poids à la parole congolaise
Nous proposons de juger la diplomatie de l’eau sur des éléments accessibles au public : l’état des ressources, les scénarios de sécheresse, les usages existants, les projets agricoles et les positions défendues dans les négociations.
Les engagements pris, les financements mobilisés et leurs résultats doivent être accessibles au public. Une position nationale devient plus crédible lorsqu’elle repose sur des données que les chercheurs, les usagers et les représentants élus peuvent examiner.
Cela vaut pour un éventuel transfert vers le lac Tchad comme pour les projets à l’intérieur du bassin. En 2025, la BAD a annoncé le lancement d’un programme de développement des ressources en eau de l’Oubangui concernant la République centrafricaine et la RDC, le PREDIRE. Ce programme ne doit pas être confondu avec un transfert vers le lac Tchad. Présentation de la BAD.
L’existence d’un tel programme est un fait. Ses bénéfices effectifs appellent un suivi distinct.
Publier ce que nous défendons
Nous demandons une doctrine congolaise de l’eau accessible au public : les besoins à garantir, les usages à développer, les données sur lesquelles reposent les décisions et les conditions exigées pour engager la ressource dans un accord international.
Cette doctrine doit relier la diplomatie aux ambitions agricoles du pays. Réserver une capacité future d’irrigation, protéger les usages locaux et entretenir les connaissances hydrologiques sont des choix de développement. Ils doivent entrer dans les négociations dès le départ.
Notre recherche ne permet pas de mesurer l’influence réelle de la RDC dans les discussions en cours. Cette limite est exposée dans le registre de vérification. Elle ne nous empêche pas de fixer une exigence politique : la parole internationale doit pouvoir être confrontée à des engagements et à des résultats publics.
Le Congo ne devrait pas avoir à choisir entre célébrer ses fleuves et les regarder décider ailleurs de son avenir. Il doit organiser le pouvoir que cette ressource lui donne, puis l’exercer au service de ses habitants.
Pour aller plus loin
- L’eau du Congo engage l’avenir de ses habitants.
- Museveni, le Kenya et la mer : un accès n’est pas une propriété (à paraître dans ce dossier).
- L’agriculture doit enrichir les territoires qui la nourrissent (à paraître dans ce dossier).

