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L’agriculture doit enrichir les territoires qui la nourrissent

En août 2014, une image satellite a montré le bassin oriental de la partie sud de la mer d’Aral entièrement asséché. Il faut être précis : toute la mer d’Aral n’avait pas disparu. Mais…

Dossier « L’eau, la terre et le pouvoir » — 8/8

En août 2014, une image satellite a montré le bassin oriental de la partie sud de la mer d’Aral entièrement asséché. Il faut être précis : toute la mer d’Aral n’avait pas disparu. Mais cette portion devenue sèche donnait une forme visible à des décennies de transformations. La NASA a documenté cette image et son contexte.

Une partie de l’histoire se trouvait dans les champs. L’irrigation, développée notamment pour le coton en Asie centrale soviétique, avait capté une eau qui alimentait auparavant la mer intérieure. La NASA revient sur cette trajectoire agricole.

Le coton partait. Les conséquences restaient dans le bassin.

Voilà pourquoi un projet agricole ne peut pas être jugé uniquement au poids de ce qu’il vend.

Vue satellite de la mer d’Aral en 2000 : le bassin oriental sud contient encore une vaste surface d’eau.
25 août 2000 · Mer d’Aral, 25 août 2000 et 19 août 2014, observée par MODIS à bord de Terra. En 2014, le bassin oriental de l’Aral du Sud est asséché. Le contour sombre repère approximativement le rivage de 1960. Les variations annuelles restent importantes. NASA Earth Observatory / Jesse Allen, données LAADS. Reproduction informative autorisée par les conditions NASA ; aucun soutien de la NASA à ce dossier n’est suggéré. Images sans retouche. Source · Conditions de réutilisation
Vue satellite de la mer d’Aral en 2014 : le bassin oriental sud est devenu une vaste surface claire asséchée.
19 août 2014 · Mer d’Aral, 25 août 2000 et 19 août 2014, observée par MODIS à bord de Terra. En 2014, le bassin oriental de l’Aral du Sud est asséché. Le contour sombre repère approximativement le rivage de 1960. Les variations annuelles restent importantes. NASA Earth Observatory / Jesse Allen, données LAADS. Reproduction informative autorisée par les conditions NASA ; aucun soutien de la NASA à ce dossier n’est suggéré. Images sans retouche. Source · Conditions de réutilisation

L’agriculture peut entraîner bien plus que des récoltes

Produire ouvre des possibilités : approvisionner les marchés, transformer les aliments, développer le stockage, créer des services, rémunérer des métiers. C’est de cette chaîne que peut venir une part du développement.

Mais il faut la construire. Un territoire peut exporter une matière première tout en important les produits transformés qui en tirent davantage de valeur. Il peut mobiliser sa terre et son eau sans donner aux producteurs une position forte dans le partage du revenu.

Pour un investissement irrigué, le bilan devrait donc dépasser les hectares annoncés. Quelle part de la production alimente le marché local ? Quels emplois durent au-delà du chantier ? Qui paie l’énergie des pompes ? Qui supporte une mauvaise récolte ? Et que perdent, éventuellement, les autres usagers de l’eau ?

Nous défendons une agriculture dont la réussite se mesure au revenu des producteurs, à l’alimentation accessible et aux activités durables qu’elle fait naître. Ces critères doivent orienter les financements publics et les conditions accordées aux investisseurs. Une hausse des exportations ne peut pas, seule, tenir lieu de bilan du développement.

Le paradoxe de la pompe plus efficace

On pourrait espérer résoudre le problème en produisant la même quantité avec moins d’eau prélevée. Améliorer les équipements est souvent utile. Mais le résultat doit être mesuré à l’échelle du bassin.

Une partie de l’eau qui semble « perdue » dans un ancien système peut rejoindre une nappe ou être réutilisée plus loin. Supprimer cette circulation réduit un prélèvement sans forcément réduire autant la consommation totale. Et si le gain permet d’étendre les surfaces irriguées, la consommation peut repartir à la hausse. Ce risque est expliqué dans le guide de la FAO consacré aux économies réelles d’eau en agriculture.

L’efficacité d’un équipement et la préservation d’une ressource ne sont donc pas synonymes. Pour les faire coïncider, il faut suivre les consommations et encadrer leur évolution.

Une pompe plus performante ne décide pas ce que la société veut faire de l’eau économisée.

Importer ou produire : une mauvaise opposition

L’eau virtuelle complique aussi le débat sur la souveraineté alimentaire. Importer peut éviter une production très coûteuse en eau dans une région sèche. Produire davantage peut réduire une dépendance commerciale, à condition de ne pas installer une dépendance plus dangereuse à une nappe surexploitée.

La politique agricole doit organiser les productions à développer et les échanges à sécuriser selon les cultures, les saisons et la ressource réellement renouvelée. La souveraineté se mesure aussi à la capacité de choisir entre plusieurs solutions lorsque l’une devient fragile.

Pour la RDC, l’abondance relative de certains bassins peut être un avantage. Elle ne dispense ni de mesurer, ni de protéger l’accès local, ni d’organiser la transformation et le transport des récoltes. L’eau seule ne fait pas une politique agricole.

Le développement doit laisser un avenir

Une récolte réussie commence dans un sol qui fonctionne et dépend d’une eau disponible au bon moment. Elle ne devient une amélioration durable que si les producteurs peuvent conserver, transformer et vendre dans des conditions qui les rémunèrent. Cette continuité donne son sens à notre ligne : alimentation, terre, vivant et société doivent être pensés ensemble.

Les microorganismes, les pluies et les pratiques agricoles appartiennent à la même histoire que les marchés, les routes et les institutions. La paix y a aussi une place décisive : nous la défendons comme une condition de la vie humaine et du développement, indispensable pour construire des activités durables et protéger les ressources. Une comptabilité écologique qui efface les habitants perd le sens de ce qu’elle prétend protéger.

Pour la RDC, notre ambition est une agriculture qui entraîne le pays : des producteurs mieux rémunérés, une transformation locale, une alimentation plus sûre et une ressource préservée pour les générations suivantes. Cela exige des choix publics et des investissements suivis, au-delà des annonces de surfaces et de rendements.

Une agriculture qui vend ses récoltes en laissant son territoire plus pauvre en possibilités a manqué une part essentielle de sa mission. Nous voulons qu’elle laisse des compétences, des revenus et la capacité de recommencer demain.

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