L’eau du Congo engage l’avenir de ses habitants

L’eau du bassin du Congo engage l’avenir des habitants qui en vivent. Elle porte leurs possibilités agricoles, leurs activités et leurs besoins futurs. Tout projet de transfert vers le lac Tchad doit commencer par…

Dossier « L’eau, la terre et le pouvoir » — 5/8

L’eau du bassin du Congo engage l’avenir des habitants qui en vivent. Elle porte leurs possibilités agricoles, leurs activités et leurs besoins futurs. Tout projet de transfert vers le lac Tchad doit commencer par cette réalité.

Notre position est claire : la RDC doit protéger sa capacité de développement et exiger que les populations concernées participent aux décisions avant tout engagement durable sur la ressource. La solidarité africaine gagne en force lorsqu’elle repose sur des engagements compris, consentis et vérifiables.

Une flèche tracée entre deux bassins ne suffit pas à établir qu’un volume est disponible. Ce que les promoteurs appellent un surplus doit être démontré, saison par saison, en tenant compte de ceux qui utilisent déjà l’eau et de ceux qui en auront besoin demain.

Vue du fleuve Congo depuis une rive à Kintambo, sous un ciel nuageux.
Le Congo vu depuis Kintambo, à Kinshasa, le 11 novembre 2016. Cette photographie situe le bassin dans un paysage habité ; elle ne représente ni l’Oubangui ni le tracé d’un projet de transfert. Max.kit / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Image conservée sans retouche. Source · Conditions de réutilisation

Un dossier réel, plusieurs étapes à ne pas confondre

Ces réflexions ne relèvent pas seulement de la rumeur. Un rapport de faisabilité réalisé pour la Commission du bassin du lac Tchad étudiait déjà en 2011 un transfert depuis l’Oubangui. Il évoquait notamment l’élargissement de l’analyse environnementale demandé par la CICOS, l’organisation du bassin Congo-Oubangui-Sangha. Synthèse de l’étude CIMA.

Le 27 février 2025, la Commission du bassin du lac Tchad a de nouveau évoqué le Projet de transfert interbassins des eaux et demandé d’accélérer la signature d’un accord de financement avec la Banque africaine de développement. C’est une trace institutionnelle précise de la poursuite du dossier. Compte rendu officiel du Conseil des ministres.

Les pièces consultées attestent la poursuite des études et discussions. Elles n’établissent ni une mise en exploitation du transfert ni l’ensemble des autorisations définitives. C’est précisément à ce stade que le débat public doit peser : avant que les engagements deviennent difficiles à remettre en cause.

Autre distinction : en mars 2025, la BAD et la Commission ont signé un financement de 10,2 millions de dollars pour un projet d’appui à la restauration des fonctions écologiques et économiques du bassin du lac Tchad. L’annonce concerne notamment des études préparatoires et des capacités institutionnelles. Elle ne constitue pas l’annonce du financement intégral d’un canal Congo–Tchad. Communiqué de la BAD.

Pour suivre ce débat, il faut demander le nom exact du projet, son tracé et son stade. Le nom « Transaqua », souvent employé dans la discussion publique, ne dispense pas de ces vérifications.

Le lac que l’on croit connaître

Le récit d’un lac condamné à disparaître sans apport extérieur mérite lui aussi d’être examiné.

Une étude publiée en 2020, à partir d’observations allant jusqu’en 2018, décrivait des évolutions différentes entre les parties nord et sud du lac Tchad. Elle ne retrouvait pas un rétrécissement uniforme et continu sur les deux décennies étudiées. Ce résultat ne nie ni la grande contraction historique, ni la vulnérabilité des populations ; il interdit de transformer le lac en image figée. Pham-Duc et ses collègues, Scientific Reports.

Une photographie prise en saison sèche, comparée à une autre prise à une période différente, peut raconter une histoire spectaculaire et incomplète. Le diagnostic doit porter sur les volumes, les saisons, les apports, les usages et les besoins réels.

Les besoins des habitants doivent déterminer la solution retenue. Le bassin du lac Tchad possède ses dynamiques propres ; un ouvrage qui le concerne ne peut pas tenir lieu, à lui seul, de réponse aux difficultés de tout le Sahel.

Des conditions à fixer avant de négocier les volumes

Nous demandons que la RDC rende publics les scénarios de prélèvement et leurs effets attendus, y compris pendant les années sèches. Les besoins futurs de son agriculture doivent y figurer. Une eau peu mobilisée aujourd’hui peut être nécessaire demain à des projets que le pays a encore le droit de construire.

L’évaluation doit comparer le transfert aux autres moyens de répondre aux besoins du bassin receveur : infrastructures locales, protection des ressources, adaptation des cultures et amélioration des services. Le coût total, les bénéficiaires et la capacité d’entretien doivent être examinés ensemble. L’ambition d’un ouvrage ne prouve pas son utilité sociale.

Les communautés des deux bassins doivent pouvoir comprendre ce qu’elles gagneraient et ce qu’elles risqueraient de perdre. Les accords doivent prévoir les réductions de prélèvement en période de pénurie, les responsabilités en cas de dommage et les moyens de contrôler les engagements.

Tant que ces conditions ne sont pas établies, nous défendons le refus de tout engagement irréversible. C’est une position de responsabilité envers les habitants du Congo comme envers ceux du lac Tchad : personne ne devrait recevoir, sous le nom de solidarité, un projet dont les promesses échappent au contrôle.

La coopération doit augmenter la sécurité des populations des deux côtés. Elle ne peut pas demander aux unes de céder leur avenir sur la seule assurance que les autres en ont besoin.

Pour aller plus loin

  • RDC : la diplomatie de l’eau doit rendre des comptes (à paraître dans ce dossier).
  • Une planète bleue peut manquer d’eau.
  • Museveni, le Kenya et la mer : un accès n’est pas une propriété (à paraître dans ce dossier).

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